jeudi 28 février 2013

Madeleine Kabyle

L'autre matin, comme chaque matin d'ailleurs, j'écoutais France Info en me préparant dès potron minet, et, comme chaque matin, j'ai écouté la chronique de Philippe Vandel "Tout et son contraire". Sauf que ce matin-là, elle a eu une consonnance musicale quelque peu différente. J'entends encore Gilbert Chevalier dire "tout de suite, Tout et son contraire, et l'invité de Philippe Vandel aujourd'hui est Idir"... Bon, soit, je ne connais pas Idir, mais comme j'aime les interviews de Philippe Vandel, j'écoute attentivement. Quand tout à coup, Philippe Vandel commence sa chronique en disant (à quelque chose près car je ne recopie pas texto, ça doit faire à peu près une dizaine de jours que je l'ai entendu !) : "Bonjour Idir, pour celles et ceux qui ne vous connaîtraient pas (moi par exemple), rappelons que vous êtes l'auteur-compositeur-interprète de cette chanson très très connue : .......". Et là, j'entends quelques notes, quelques bribes de paroles, et je me souviens (oui je sais, je plagie, ceci ayant déjà été utilisé par Georges Perec)...

- je me souviens que j'ai découvert cette chanson, tout à fait par hasard quand j'avais une vingtaine d'année (même pas, 18 peut-être...)
- je me souviens en fait qu'elle devait figurer sur une K7 audio de world music que m'avais recopiée puis filée une copine de classe
- je me souviens que la K7 en question ne contenait aucun titre, aucun chanteur, c'était la surprise !
- je me souviens que je suis tombée instantanément amoureuse de cette chanson
- je me souviens l'avoir écoutée en boucle, inlassablement, partout : sur ma mini-chaîne, dans mon walkman, dans mon auto-radio...
- je me souviens avoir lassé beaucoup de gens avec cette chanson
- je me souviens que l'on m'ait dit: "ben depuis quand t'écoutes de la musique arabe toi ?"
- je me souviens avoir été choquée par cette question car pour moi, la musique n'avait pas de frontière, pas de race, la musique était universelle, qu'elle soit kabyle, chinoise, indienne, africaine ou autre...
- je me souviens d'ailleurs que c'était l'époque où j'écoutais aussi beaucoup Alpha Blondy

..... Mais je ne connaissais pas ce sapristi titre de chanson ! Et à l'époque, on n'avait pas Internet pour faire toutes sortes de recherches...

Voilà. Aujourd'hui, je sais. Je sais que cette chanson qui m'a donné la chair de poule, c'est celle dont j'ai entendu les quelques notes, l'autre jour, à 5 h 45 du matin, dans ma salle de bains.

Cette chanson, c'est "A vava inouva" de Idir. Et pour l'écouter, c'est ici :

mercredi 27 février 2013

Musiques de livres



On connaît les musiques de films, mais les musiques de livres alors ?

Il m'arrive souvent, quand je ne les connais pas, d'écouter les chansons dont les écrivains font référence dans leurs livres, par curiosité et puis aussi parce que tel ou tel personnage auquel je me suis attachée aimait telle ou telle musique...

Lorsque j'ai lu 1Q84, j'ai trouvé que Haruki Murakami faisait très souvent référence, tout au long de ses trois tomes, à la Sinfonietta de Janacek, symphonie qui jalonnait le parcours d'Aomamé et Tengo. Ma curiosité a pour le coup été bien piquée car les personnages semblaient vraiment être très touchés par cette musique.

Tout ça pour dire que je suis en train de l'écouter ! C'est effectivement une belle symphonie, qui collerait magnifiquement bien sur un film, mais que j'ai eu du mal à associer à 1Q84.


"La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C'était la Sinfonietta de Janacek. Etait-ce un morceau approprié quand on est coincé dans des embouteillages ? Ce serait trop dire. D'ailleurs, le chauffeur lui-même ne semblait pas y prêter une oreille attentive. L'homme, d'un âge moyen, se contentait de contempler l'alignement sans fin des voitures devant lui, la bouche serrée, tel un vieux marin aguerri, debout à la proue de son bateau, appliqué à déchiffrer quelque sinistre pressentiment dans la jonction des courants marins. Aomamé, profondément enfoncée dans le siège arrière du véhicule, écoutait, les yeux mi-clos.


Combien y aurait-il d'auditeurs, à l'écoute des premières mesures de la Sinfonietta de Janacek, qui reconnaîtraient immédiatement ce morceau ? Disons : entre "très peu" et "presque aucun". Mais Aomamé, elle, pour une raison ou une autre, en était capable.

Janacek avait composé cette courte symphonie en 1926. Le thème principal avait été conçu à l'origine pour une fanfare à l'occasion d'une rencontre sportive. Aomamé imaginait la Tchécoslovaquie de 1926. Après la Première Guerre mondiale, le pays s'était enfin libéré de la très longue domination des Habsbourg, les gens buvaient de la bière Pilsner dans les cafés, ils fabriquaient des mitrailleuses efficaces et raffinées, ils goûtaient la paix passagère qui visitait l'Europe centrale. Franz Kafka, encore méconnu, avait disparu deux ans auparavant. Bientôt apparaîtrait Hitler, qui ne ferait qu'une bouchée de ce joli petit pays. Mais, en ce temps-là, tout le monde ignorait que des événements aussi terribles allaient advenir. Ce que l'Histoire enseigne de plus important aux hommes pourrait se formuler ainsi : "A l'époque, personne ne savait ce qui allait arriver."

En écoutant cette musique, Aomamé imaginait les vents qui balayaient sans obstacle les plaines de Bohême et laissait ses pensées vagabonder sur l'Histoire.

1926, c'était la mort de l'empereur Taishô, le commencement d'une ère nouvelle, l'ère Shôwa. Au Japon aussi, ce serait le début d'une époque sombre et terrible. Le modernisme et la démocratie avaient joué leur bref intermède. Celui-ci achevé, le fascisme imposerait sa loi.

[...] 

Aomamé, les yeux clos, écoutait la musique avec attention. Elle se laissait envahir par les belles vibrations produites par l'unisson des bois. Brusquement, quelque chose la frappa. La qualité de la musique était trop bonne pour une radio de taxi. Même à faible volume, le son était profond et les harmoniques clairement restitués. Elle ouvrit les yeux, se redressa et examina la stéréo encastrée dans le tableau de bord. L'appareil était tout noir, élégant et brillant. Elle ne pouvait voir le nom du fabricant mais comprenait bien que c'était un modèle de prix, avec ses multiples réglages et son affichage numérique vert en façade. Sans doute un appareil de première qualité. Pour un taxi ordinaire appartenant à une compagnie, une aussi belle installation stéréo, c'était étonnant.

[...]
Aomamé attendit la suite. Il n'y eut pas de suite. Elle ferma de nouveau les yeux et se concentra sur la musique. Aomamé ne savait pas quelle sorte d'homme était Janacek. En tout état de cause, il n'avait vraisemblablement pas imaginé que des hommes de 1984 auraient écouté sa musique dans une voiture parfaitement silencieuse, une Toyota Crown Royal Saloon, coincée dans de terribles embouteillages sur une autoroute urbaine de Tokyo.

Mais pourquoi, se demandait Aomamé, perplexe, ai-je su immédiatement qu'il s'agissait de la Sinfonietta de Janacek ? Et aussi pourquoi est-ce que je savais que ce morceau avait été écrit en 1926 ?

Elle n'était pas spécialement fan de musique classique. N'avait pas non plus de souvenirs personnels sur Janacek. Pourtant, à l'instant où elle avait entendu une simple mesure du morceau, ces diverses données s'étaient inscrites comme un flash dans sa tête. Comme une nuée d'oiseaux qui auraient fait irruption dans une chambre par une fenêtre ouverte. En outre, cette musique laissait à Aomamé une curieuse impression de "tordu". Non pas de douloureux ou de déplaisant. Elle ressentait seulement que tous les constituants de son corps s'étaient comme retournés et tordus. Aomamé n'en comprenait pas la raison. Serait-ce cette Sinfonietta qui provoque en moi cette sensation incompréhensible ?

"Janacek", prononça Aomamé presque sans s'en rendre compte. Puis elle pensa qu'elle aurait mieux fait de s'abstenir.
"Pardon ?
- Janácek. L'homme qui a composé cette musique.
- Je ne savais pas.
- Un compositeur tchèque.
- Ah..., fit l'homme d'un ton admiratif."

mardi 26 février 2013

L'or noir

Pour rester dans l'esprit Caraïbes, j'ai envie de parler aujourd'hui d'un très beau CD que j'ai emprunté récemment. Il s'agit de "L'or noir" d'Arthur H et Nicolas Repac.

J'ai tout d'abord trouvé la pochette très belle, puis je me suis dit en voyant les noms d'Arthur H et de Nicolas Repac que cela ne pouvait être que bien ! Puis, je découvre qu'il s'agit d'un livre, avec des poèmes et des extraits d'oeuvres de ceux que l'on a coutume d'appeler "les chantres de la négritude". Je me suis souvenue combien j'avais été touchée en découvrant l'oeuvre d'Aimé Césaire lors de mon voyage à la Martinique. Avec ce CD, je redécouvre la beauté, la puissance et la force de l'écriture créole, et combien celle-ci nous met en communion avec la terre, avec l'eau, avec le vent, combien elle nous transporte dans un univers sauvage, brut et doux à la fois...

Ces extraits littéraires sont contés par la voix profonde d'Arthur H, avec un accompagnement musical de Nicolas Repac qui a le don de jouer de plusieurs instruments (guitare, guimbarde, flûte harmonique, caisse, sanza et udu) mélangeant rythme et vibration aux moments opportuns de cette lecture presque théâtrale. Par moment (et notamment dans le poème d'Aimé Césaire, "Corps perdu") on imagine Arthur H en sorcier vaudou !

Cette très belle lecture musicale m'a donné des frissons et m'a transportée ! C'est vraiment un très bel hommage à la créolitude. Une belle découverte donc pour moi qui suis tombée amoureuse des Antilles !








Liste des textes lus :


1. Corps Perdu d’Aimé Césaire - "Cadastre"
2. La Cohée du Lmentin d’Édouard Glissant - extraits
3. Le Métier à tisser de René Depestre - "Poèmes en retard sur la mer Caraïbe"
4. Outremer, trois océans en poésie, anthologie établie par Christian Poslaniec et Bruno Doucey "À la crinière du cyclone" de Georges Desportes
5. Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire - extraits
6. Outremer, trois océans en poésie, anthologie établie par Christian Poslaniec et Bruno Doucey "La Foire aux morts" Gilbert Gratiant
7. L’Énigme du retour de Dany Laferrière - "L’enfant du pays"
8. L’Ivrogne dans la brousse d’Amos Tutuola (traduction Raymond Queneau) - extraits
9. Les Armes miraculeuses d’Aimé Césaire - "Prophétie"
10. Des poings chauffés à blanc de James Noël - "Lettre du sorcier"
11. Les Armes miraculeuses d’Aimé Césaire - "Le cristal atomique"
12. La Cohée du lamentin d’Édouard Glissant - "Paysage"
13. L’Invention des désirades de Daniel Maximin - "Soufrière"

lundi 25 février 2013

Envie de chaleur, besoin de douceur !


Il neige, il glace, il floconne, il fait froid, et en ce février tantôt gris, tantôt blanc, nous avons eu hier une subite envie de chaleur, de soleil et de zouk sur les papilles ! On avait les bananes, on avait la vanille, on avait le rhum, il ne restait plus qu'à flamber le tout pour avoir un peu d'Antilles dans la maison et dans nos coeurs ! De quoi par ailleurs nous donner un avant-goût de notre prochain voyage à la Guadeloupe, voyage qui aurait d'ailleurs du avoir lieu en ce mois de février mais que nous avons décalé à la fin de l'année. Un Noël en Caraïbes, ça devrait être sympa non ?



Nota : les bananes ne payent pas de mine, elles se sont cassées dans poêle, mais cela ne gâche en rien leur goût délicieux ! Et à ceux qui diraient qu'une boule de glace ou de la chantilly manquent dans l'assiette, je dis non, rien de mieux que le goût unique de la banane vanillée au rhum !

samedi 23 février 2013

Joli titre dans ma "pile à lire"




"Elle a lu la quatrième de couverture, a frissonné d’étonnement. Ce récit ressemblait à s’y méprendre à un épisode de son existence. Elle a déposé l’ouvrage sur le comptoir et est allée ouvrir la porte de la librairie. À neuf heures, les clients sont encore rares et, dans la lumière du matin qui glissait sur la vitre, elle a commencé à lire ce texte inattendu. »

Les événements de notre vie, même les plus obscurs, sont posés dans la main des anges. Quand les hasards se rencontrent, c’est la lumière qui les rassemble. Une jolie libraire retrouve un fait marquant de son passé dans un livre qui la conduit à tisser des liens et à s’interroger sur son présent.

Ce roman délicat, qui rend hommage aux libraires et qui chante l’univers des livres, est une ode à la lumière, à la tendresse et à l’amour."
 
Je reviendrai vous en parler ...
... Et puis cette magnifique couverture qui ressemblerait presque à un tableau de Modigliani...

vendredi 22 février 2013

Belles phrases # 3


"Un adulte créatif, c'est un enfant qui survit"

Carolyn Carlson, danseuse & chorégraphe

jeudi 21 février 2013

Et sinon alors la guitare... T'en es où ?

(forme interrogative "à la manière de Vincent") !

... Ben je travaille toujours "La liste" de Rose.

J'ai besoin de beaucoup d'entraînement parce que :

- je joue un peu moins en ce moment,
- il y a un si mineur,
- dans le refrain, il y a une espèce d'enchaînement d'accords que je n'arrive pas à faire et que je remplace par un autre de ma composition et il faut que je perfectionne le truc !,
- il y a toujours des blancs entre les accords,
- je suis beaucoup moins bien que Rose,
- je joue beaucoup moins bien que Rose... Forcément !

En attendant d'avoir le courage de vous mettre la vidéo de "ma version", en voici une nouvelle de l'artiste que je m'acharne à essayer d'imiter !!!